Journée d'étude du CREAI Rhône-Alpes
Mardi 24 mai 2005 /
Lyon Part-Dieu

L'impact du développement
des services à la personne :

structuration ou dérégulation
du secteur social et médico-social ?

 


programme / sommaire


Ouverture de la journée

  • Claude VOLKMAR, CREAI Rhône-Alpes
  • Michel PICOT, Directoire de la Caisse d'Épargne
  • Patrice BARDIN, MAIF, Délégation Départementale Lyon Gerland


    Introduction à la thématique
    L'aide aux personnes vulnérables, la qualité de vie à domicile,
    un enjeu sociétal pour recréer des liens de proximité

  • Le mode d'intervention de la Ville de Lyon
    Sylvie GUILLAUME, Adjointe au Maire, Responsable du Pôle social, Ville de Lyon
  • Le rôle du Conseil Général du Rhône dans le secteur de l'aide à la personne
    François BARADUC, Vice-Président du Conseil Général du Rhône


    Exposés
  • La France des services : l'augmentation des besoins, le développement de l'offre
    Michèle DEBONNEUIL, Conseillère auprès de Monsieur Jean-Louis BORLOO, Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion Sociale
  • L'accès de tous à tout et la loi du 11 février 2005 : vers une désinstitutionalisation du service rendu ?
    Didier BEOUTIS, Conseiller au Cabinet de Madame Marie-Anne MONTCHAMP, Secrétaire d'État aux Personnes Handicapées
  • Quelle cohérence entre les lois récentes et les services qui en résultent ?
    Patrick GOHET, Délégué Interministériel aux Personnes Handicapées

    Débat
    Discutant :
    Gérard TOUSSAINT, Directeur, CREAI Lorraine

Table ronde 1
Les acteurs du développement des services à la personne : l'essor des enseignes de référence
La solvabilité de la demande, la qualité de l'offre

  • La FNAID
    Michel GATE, Directeur, Fédération Nationale d'Aide et d'Intervention à Domicile (FNAID)
  • L'intérêt des enseignes
    Pierre DEMORTIÈRE, Chargé du Service aux personnes, Union Nationale des Associations de Soins et Services à Domicile (UNASSAD)
  • L'évaluation de la qualité
    Nathalie GRÉGOIRE, Responsable certification, Service aux personnes à domicile, AFAQ–AFNOR
  • L'action de la Fondation Caisse d'Epargne
    Maryvonne LYAZID,  Présidente, Fondation Caisse d'Épargne

Débat
Discutant
Éric DEMOLIÈRE, Directeur , SOS Maintien à Domicile

Table ronde 2
Métiers et compétences
Le « Plan Métiers » et la réingénierie des métiers du secteur social

  • Le « Plan Métiers »
    Cécile VIDAL DE LA BLACHE, Inspectrice, Direction Régionale des Affaires Sanitaires et Sociales Rhône-Alpes (DRASS)
  • La formation aux métiers des services à la personne
    Elisabeth JAVELAUD, Directrice Générale, Association Française des Organismes de formation et de Recherche en Travail Social (AFORTS)
  • Les employeurs et la formation
    Armelle SIMONNOT, Chargé de Mission, Institut du Développement des Activités de Proximité (IDAP)
  • Les orientations de l'UNASSAD sur la professionnalisation
    Frédérique DECHERF, Directrice Ressources Humaines, Union Nationale des Associations de Soins et Services à Domicile (UNASSAD)

Débat
Discutant
Christian JUNCKER, Directeur, CAT-Foyer, Association Régionale des Infirmes Moteurs Cérébraux (ARIMC)

Table ronde 3
Accompagnements médico-sociaux et services à la personne :
quelles complémentarités, quelles concurrences ?

  • Stéphane DUVAL, Service personnes handicapées, Conseil Général de l'Isère
  • Guy MICHEL, Directeur, Agence pour le Développement des Services de Proximité - ADSP

Questions-débat
Discutant
Eliane CORBET, CREAI Rhône-Alpes


avec la participation de :
Odile BATON, Directrice, SAVS, Association Régionale des Infirmes Moteurs Cérébraux (ARIMC)
Gérard CERDAN, Directeur, Association Départementale Interfédérale pour l'Aide Familiale (ADIAF)
Frédéric DEJEAN, Directeur, Association urbaine d'Aide à Domicile aux familles et aux personnes de l'Isère (ADF 38)
Anne ENSELME, Équipe Spécialisée pour une vie Autonome à Domicile (ESVAD), Association des Paralysés de France (APF)
Xavier FALAISE, Directeur, Service Régional d'Aide et d'Information (SRAI), Association Française contre les Myopathies (AFM)
Fabiola de FALCO, Présidente, Association «Vieillir au Village»

et les témoignages de :
Sabrina LESLOU, usager (APF)
Ingrid BRESSON, Conseillère en Economie Sociale et Familiale (APF)

Conclusion
Claude VOLKMAR, Directeur du CREAI Rhône-Alpes

 

[sommaire]

Ouverture de la journée

Claude VOLKMAR
Michel PICOT
Pierre BARDIN

[ouverture de la journée]

Claude VOLKMAR
Directeur du CREAI Rhône-Alpes

Cette journée de travail est l'occasion d'une rencontre entre le secteur des services à la personne et le secteur de l'action sociale et médico-sociale. J'espère que nous pourrons construire ensemble aujourd'hui une représentation mutuelle de chacun de nos secteurs respectifs.

Notre objectif est de comprendre l'impact du développement des services à la personne, voulu par le plan de cohésion sociale, sur le secteur médico-social et social, sachant que des mutations profondes sont en cours concernant l'accompagnement des personnes vulnérables.

La loi du 2 janvier 2002 inscrit le droit des personnes handicapées à demeurer autant que possible à leur domicile, en bénéficiant de services de proximité. L'Etat, les Conseils généraux, les communes et les intervenants de santé sont tous concernés et doivent réfléchir aux métiers à exercer dans ce cadre et à la façon dont ils peuvent travailler ensemble pour réussir.

[ouverture de la journée]

Michel PICOT
Directoire de la Caisse d'Epargne

Nous nous réjouissons de vous accueillir aujourd'hui dans nos locaux, car, certes, nous sommes une banque classique qui recherche la performance, mais nous sommes aussi une banque qui cherche à mettre en avant la notion de solidarité. Le lien entre la Caisse d'Epargne et la solidarité a d'ailleurs été confirmé en 1999 par la loi : cette dernière prévoit que le réseau des Caisses d'Epargne contribue à des missions d'intérêt général, en finançant des projets d'économie locale et sociale, qui concernent notamment l'aide aux personnes âgées, dépendantes ou handicapées.

Nous avons financé des opérations représentants un montant de 8,15 millions d'euros à ces projets au cours des quatre dernières années. En Rhône-Alpes, nous intervenons dans les départements du Rhône, de l'Ain et de l'Isère et attribuons 700 000 euros par an à des associations qui oeuvrent en faveur des personnes âgées ou handicapées. Nous avons par ailleurs créé une fondation régionale, dont Madame Yazid vous présentera les actions. Nous participons actuellement à environ quinze projets portant notamment sur la maladie d'Alzheimer. En 1995, nous avons été à l'origine de la création de la plate-forme Qualirhône, qui regroupe aujourd'hui 100 associations spécialisées dans le service à domicile.

Pour conclure, je dirai que nous partageons vos préoccupations, même si cela peut vous paraître incongru de la part d'une banque.

[ouverture de la journée]

Pierre BARDIN
MAIF, Délégation Départementale Lyon Gerland

La MAIF est une mutuelle qui a été créée en 1934 par et pour des instituteurs. Elle a contribué à la fondation d'autres mutuelles et est organisée de façon décentralisée : le correspondant départemental est le représentant de la Direction générale et travaille avec des militants. Il est administrateur d'une société locale d'épargne.

La MAIF se caractérise par ses valeurs : la solidarité et le respect de la personne. Elle est en relation avec environ 6 000 associations oeuvrant pour les handicapés. Elle s'est engagée également lors de l'année européenne des handicapés en 2004 en rédigeant un livre blanc sur le handicap, qui a été remis aux responsables ministériels français et au Conseil de l'Europe. La MAIF a également participé aux états généraux du handicap organisés à la fin du mois de mai à Paris.

La MAIF étant une mutuelle, les assurés sont leurs propres assureurs. Elle cherche donc à accompagner leurs projets, en matière de logement, d'automobile et de famille. Les contrats sont conçus pour protéger les personnes au mieux, c'est-à-dire qu'ils incluent des prestations d'aides à la personne, afin de permettre aux assurés de reconstruire leur vie et celle de leur famille en cas de sinistre. La MAIF recourt aux services d'Inter Mutuelles Assistance (IMA), instance créée en 1980 qui offre des prestations d'assistance à domicile et d'assistance médicale. Elle recourt également aux services de Serena MAIF, société spécialisée filiale de la MAIF qui fait intervenir des ergothérapeutes, des travailleurs sociaux et des réseaux partenaires dont certains sont présents aujourd'hui.

Serena MAIF a été associée à la définition de normes. En cas de sinistre dans un logement, elle contacte son réseau local d'artisans afin de remettre le logement en état le plus vite possible ou de trouver un logement temporaire. En cas d'accident corporel, les conseillers coordonnent un réseau local pour l'aide ménagère, la garde des enfants et les courses. Il s'agit d'aller au-delà de l'indemnisation financière. Serena MAIF propose par ailleurs un soutien psychologique après des catastrophes naturelles. Elle fait également venir un ergothérapeute dans le logement quand une personne devient handicapée, afin de voir les aménagements à réaliser. Elle offre en outre des prestations d'école à domicile pour les enfants malades et propose une assistance scolaire personnalisée par le biais de son site internet. Par ailleurs, la MAIF délivre des informations médicales et met en place des dispositifs de télévigilance pour les personnes malades ou handicapées. La MAIF envisage également des solutions pour la dépendance, par le biais de sa filiale santé et en lien avec la MGEN.

 

[sommaire]

Introduction à la thématique
L'aide aux personnes vulnérables, la qualité de vie à domicile :
un enjeu sociétal pour recréer des liens de proximité

Sylvie GUILLAUME
François BARADUC

[introduction]

Le mode d'intervention de la Ville de Lyon
Sylvie GUILLAUME

Adjointe au Maire de Lyon, Responsable du pôle social


Il me paraît très intéressant que nous soyons rassemblés pour connaître les différents intervenants du secteur des services à la personne. Déjà, les deux premières interventions ont été très enrichissantes et il me semble que le dialogue entre les collectivités et les associations ne peut qu'être fructueux.

J'aimerais vous présenter le mode d'action de la Ville de Lyon dans le domaine de l'aide à la personne. Nous cherchons à intervenir le plus près possible des personnes qui vieillissent et des personnes handicapées. De fait, vivre dans une institution n'est que rarement un choix et ne relève pas d'une décision volontaire de ces personnes, en particulier des personnes âgées, qui souhaitent rester chez elles et continuer à vivre dans un environnement familier. Les familles ayant un enfant handicapé cherchent également à le garder auprès d'elles aussi longtemps que possible, en fonction des moyens dont elles disposent.

La question essentielle est pour nous de respecter les choix de vie des personnes, de respecter leur dignité et de leur offrir des conditions matérielles satisfaisantes. La Ville de Lyon a choisi de confier au secteur associatif les activités d'aides à domicile et de favoriser le développement des services à la personne, par le biais de la politique d'insertion.

1. L'aide à domicile

La Ville de Lyon souhaite renforcer la prise en charge de la dépendance en étendant le réseau des maisons médicalisées, qui sont actuellement au nombre de quatre dans l'agglomération. Nous avons par ailleurs choisi de favoriser l'autonomie des personnes fragilisées par le biais de 27 établissements spécialisés. Nous avons renoncé à offrir de façon directe un service de soins à domicile, en raison de l'organisation de la Ville : Lyon, comme vous le savez, est découpée en plusieurs arrondissements et il nous paraissait difficile de proposer un système souple en maintenant le statut des collectivités territoriales aux salariés. Nous avons donc choisi de soutenir des associations spécialisées. Nous versons ainsi une subvention horaire aux associations offrant un service d'aides ménagères à des personnes âgées, pour un montant total de 200 000 euros en 2004. Je ne vous citerai pas les associations concernées, car vous les connaissez tous.

Par ailleurs, nous avons signé une convention d'objectifs et de moyens avec l'union de gestion des foyers restaurants de la Ville de Lyon, à laquelle nous versons 150 000 euros par an, pour qu'elle assure un service de restauration en foyer et un service de portage de repas à domicile pour des personnes âgées. 200 000 repas sont distribués chaque année de cette manière. Le passage quotidien chez les personnes âgées dépendantes des personnes pour porter les repas est un élément de maintien de relations humaines.

La Ville de Lyon cherche en outre à développer les services à la personne, et essentiellement les services en direction des familles et des personnes âgées, dont il s'agit de faciliter le maintien à domicile. Concernant les familles, nous souhaitons leur offrir un mode de garde des enfants satisfaisant, notamment en cas d'urgence. Nous intervenons avec l'association Dépann'Famille dont l'objectif est de proposer une garde pour un ou deux enfants en cas d'urgence. Par ailleurs, nous souhaitons assurer un relais entre les crèches et les personnes en recherche d'emploi, qui ont besoin de faire garder leurs enfants avant de trouver du travail. En outre, nous cherchons à faire connaître les métiers de la petite enfance, qui sont des gisements d'emploi.

D'après nos statistiques, les personnes de plus de 60 ans représenteront 25 % de la population de la région en 2020 contre 15 % actuellement. Pour la seule ville de Lyon, le nombre de personnes âgées de plus de 80 ans devrait presque doubler, passant de 45 000 à 85 000 personnes, au cours de la même période. Nous devons donc adapter les politiques gérontologiques et proposer un accompagnement spécifique en fonction du mode de vie choisi par les personnes âgées. Il s'agit d'améliorer les conditions de vie des personnes accueillies dans les établissements et de faciliter la vie à domicile pour les personnes dépendantes restant chez elles.

A moyen terme, nous devrons mener à bien la mutualisation des ressources et coordonner l'accompagnement des personnes. La complémentarité entre la vie à domicile et l'accueil dans un établissement spécialisé est en effet une nécessité, sachant qu'une même personne peut passer de l'une à l'autre formule au fil du temps.

Nous mettons par ailleurs en place des personnes référentes pour les personnes âgées dans les antennes solidarité présentes dans chaque arrondissement de la Ville. Ces antennes ont elles-mêmes été réorganisées. En outre, la plate-forme de l'union de l'économie sociale assure, grâce à un numéro de téléphone unique, la mise en relations entre les usagers et les associations du secteur adhérentes. Elle garantit en outre la qualité du service rendu. Les aides vont de l'auxiliaire de vie sociale au portage des courses et au ménage. Nous offrons pour notre part des moyens logistiques et de locaux à cette plate-forme. Avec les associations et le Département, nous réfléchissons à son dimensionnement idéal.

Par ailleurs, nous accompagnons, grâce à un budget de 45 000 euros, la mise en place du chèque domicile liberté, qui prévoit l'accompagnement de personnes de plus de 70 ans ayant une mobilité réduite. Ce système permet de rompre en partie leur isolement.

2. L'insertion


Nous soutenons des associations qui œuvrent dans le secteur de l'insertion et mettent à disposition des personnes qui sont prêtes à travailler auprès des particuliers, dans les hôpitaux ou dans les maisons de retraite. Nous avons participé dans ce cadre à la journée Nosidor en faveur des personnes âgées. De manière générale, nous favorisons la reprise du travail par des personnes en insertion. Ainsi, 55 000 heures de travail ont été réalisées en 2004 par des bénéficiaires du CLI de Lyon et la ville verse 165 000 euros aux associations qui s'occupent l'insertion par l'emploi. Ces associations forment les personnes et leur proposent une première expérience.

Par ailleurs, nous participons à un dispositif régional destiné aux employeurs qui interviennent dans le domaine de l'aide à domicile ou dans les maisons de retraite. Il s'agit de faciliter le recrutement et l'intégration des nouveaux salariés.

Pour conclure, notre politique nous paraît cohérente, car elle va dans le sens de la proximité entre les citoyens et les acteurs institutionnels. L'efficacité de nos interventions est en outre liée à la qualité de la prestation dont bénéficient les personnes. A ce sujet, nous cherchons à introduire des clauses de qualité dans les contrats que nous signons avec les associations. Nous souhaitons également améliorer l'information des citoyens et en particulier des personnes en fragilité. Nous avons mis en place des commissions d'arrondissement et avons créé un journal destiné aux personnes âgées.

 

[introduction]

Le rôle du Conseil Général du Rhône dans le secteur de l'aide à la personne
François BARADUC
Vice-Président du Conseil général du Rhône

En tant que Maire, j'ai fait les mêmes choix politiques que la ville de Lyon, mais la ville que je dirige étant nettement plus petite, je dispose de moyens limités.

Le Conseil général du Rhône, comme tous les conseils généraux, a une mission spécifique concernant les personnes handicapées et les personnes âgées. Le budget destiné à l'accompagnement des personnes handicapées s'élève en 2005 à 135 millions d'euros et devrait atteindre, dans le cadre de l'application de la nouvelle loi, 150 millions d'euros en 2006. Le budget pour les personnes âgées devrait s'élever à 300 millions d'euros. En étant contribuables, nous faisons donc tous un effort de solidarité.
Actuellement, le budget d'accompagnement des personnes handicapées est attribué à hauteur de 111 millions d'euros aux établissements de soins. Nous réfléchissons aux coûts du maintien à domicile et au budget que nous devons y affecter, afin de répondre aux demandes des personnes handicapées.

De fait, la majorité des personnes vulnérables vivent aujourd'hui à leur domicile et leur nombre ne va cesser d'augmenter dans les années à venir, du fait du vieillissement de la population et grâce aux nouveaux dispositifs d'aides favorisant le maintien à domicile. Nous estimons que ce maintien est une bonne chose : les personnes qui le souhaitent doivent pouvoir continuer à vivre dans le milieu dans lequel elle ont toujours vécu, que ce soit leur village ou leur quartier, car elles y apportent une vie. En outre, nous ne devons cacher ni la vieillesse ni le handicap. Il me semble essentiel que personnes valides et personnes handicapées se côtoient au quotidien. Toutefois, la société se doit d'offrir une bonne qualité de vie aux personnes fragilisées par l'âge ou le handicap.

Les pouvoirs publics cherchent à mettre en place des réponses adaptées, notamment par le biais de l'allocation compensatrice et de la prestation spécifique dépendance et aujourd'hui avec l'APA et le système de compensation pour les personnes handicapées.
Ces dispositifs permettent de faire appel à des services d'aides à domicile professionnel et de ne plus recourir au système D. Ces services ont vu leurs activités se développer et leur croissance devrait encore augmenter.
Toutefois, nous le constatons chaque jour : l'aide aux personnes fragilisées reste assurée par l'entourage, ce qui contribue au lien entre les générations, mais n'est pas suffisante. En outre, d'une part aujourd'hui, des personnes âgées vivent seules, car leur famille vit dans un autre lieu. D'autre part, la vie au quotidien auprès d'une personne fragilisée demande un savoir-faire élaboré. Les familles ne le possèdent pas et ont besoin de répit pour préserver de bonnes relations avec la personne fragilisée et pour maintenir une vie familiale et professionnelle.

Les personnes dépendantes ont besoin des services des aides à domicile et des auxiliaires de vie, qui contribuent à leur bien être quotidien et qui les stimulent. Ces aides permettent en outre à l'entourage d'organiser sa vie. Par leur présence, elles jouent un rôle de relais et contribuent au maintien des relations humaines. Ces métiers sont très riches et demandent de grandes qualités, mais ils commencent tout juste à être reconnus. Les services d'aides à domicile ont encore un long chemin à parcourir avant de fidéliser leur personnel et de favoriser la qualification.

Le secteur de l'aide à domicile vit actuellement une profonde mutation. Il tend à se professionnaliser, tout en conservant ses structures associatives. Les pouvoirs publics doivent l'aider à faire face aux nouveaux enjeux des services à la personne. Le Département y contribue, car il est autorisé à accompagner les services d'aides à domicile. Un nouveau chantier s'ouvre dans ce domaine.

On peut regretter la complexité du régime d'autorisation et les croisements de responsabilités entre le Département et l'Etat, ce dernier étant le seul compétent pour délivrer les agréments. L'enchevêtrement de responsabilité est pourtant inévitable, même s'il engendre des lourdeurs. En outre, le plan de développement des services à la personne ne règle pas cette difficulté, même s'il offre de nouvelles perspectives. Le risque est au contraire que les responsabilités se diluent. Les attentes des usagers et l'ampleur des besoins contraindront toutefois certainement les autorités publiques à coordonner leurs actions pour garantir l'efficacité. Nous le souhaitons d'ailleurs tous.

 

[sommaire]

Exposés

Michèle DEBONNEUIL
Didier BÉOUTIS
Patrick GOHET

Débat

Discutant
Gérard TOUSSAINT
Directeur du CREAI Lorraine

Les CREAI participent à l'organisation des schémas régionaux d'organisation médico-sociale. Des mutations interviennent actuellement dans le cadre de la loi relative aux personnes handicapées. La Maison Départementale des Personnes Handicapées offrira de nouvelles garanties aux personnes handicapées. Nous devons, en tant qu'associations et organismes, informer les personnes handicapées et prendre en compte toutes les questions relatives au logement, au transport, etc. Par ailleurs, nous devons chercher à identifier la manière dont les services publics locaux et nationaux peuvent répondre aux demandes des personnes handicapées, qui seront nombreuses à vouloir vivre à domicile. De nombreux services nouveaux devront être créés. Il conviendra que nous réfléchissions ensemble afin de nous accorder entre organismes sur les réponses à donner.

Par ailleurs, il sera nécessaire de mettre en place des formations, pour les auxiliaires de vie, mais également pour les infirmières, qui n'ont pas aujourd'hui de formation spécifique sur le handicap. L'organisation des services est également essentielle pour les personnes handicapées. Aujourd'hui, les personnes âgées vivent en fonction des services qui leur sont fournis. Ce ne pourra être le cas pour les personnes handicapées, les contraintes n'étant pas les mêmes. Nous devons également mettre en place des systèmes de régulation.

 

[exposés]

La France des services :
l'augmentation des besoins et le développement de l'offre
Michèle DEBONNEUIL
Conseillère auprès de Jean-Louis BORLOO, Ministre de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale

Etant économiste de formation, je souhaite vous présenter le plan de développement des services à la personne en élargissant mon propos, car je pense qu'en tant que spécialistes, vous en avez déjà tous pris connaissance.

Nous sommes particulièrement sensibles, au sein du Ministère de la Cohésion sociale, au travail des personnes qui s'occupent de populations fragilisées. Les organismes sociaux sont actuellement majoritaires dans ce secteur de l'aide à la personne et assurent des prestations de qualité. Ils emploient de nombreux salariés et sont pleinement pris en compte dans le plan de développement des services à la personne. Ce dernier ne vise pas à critiquer les actions menées actuellement en faveur des personnes fragilisées, mais vise à répondre aux nouveaux besoins qui voient le jour.

Une mutation des services à la personne est nécessaire pour la croissance économique et pour l'emploi en France. Il ne s'agit pas de nuire aux organismes existants, avec lesquelles nous souhaitons discuter, comme nous le faisons aujourd'hui. Nous aimerions que le plan de développement des services à la personne aille dans le sens de votre action actuelle, Mesdames et Messieurs et enrichissent vos travaux.

Mon propos s'organisera autour de trois parties :
- la mutation des services à la personne,
- le planning du plan de développement des services à la personne,
- le contenu de ce plan.

1. La mutation des services à la personne

Le plan de développement des services à la personne s'inscrit dans l'évolution économique des services aux consommateurs. L'économie se compose de la production et de la distribution des biens et des services. Certains services sont destinés aux entreprises, d'autres aux consommateurs. Ces derniers représentent depuis de nombreuses années une part importante du Produit intérieur brut de la France. Ils sont organisés depuis la fin de la seconde guerre mondiale en direction de l'ensemble des habitants.

A l'époque, les besoins n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, car le nombre de femmes travaillant était moindre et les hommes et les femmes vivaient moins longtemps. En outre, les technologies étaient différentes : la mécanisation dominait alors. Les services ont donc été organisés d'une façon spécifique, en créant des lieux comme les hôpitaux, les maisons de retraite, les salons de coiffure. Les services étaient donc rendus dans des lieux qui leur étaient dédiés, en raison des technologies disponibles.

Aujourd'hui, grâce au téléphone et à différents moyens de communication, il devient possible d'organiser les services au domicile des personnes. Ces derniers ne concernaient autrefois que les activités ne pouvant être réalisées que dans les domiciles, comme la plomberie ou l'électricité. Des artisans se déplaçaient alors, car il n'était pas possible de transporter une canalisation par exemple. Les personnes ne pouvant se déplacer ont bénéficié des services que vous avez mis en place dans vos structures respectives. Ces services existent donc. Ils sont adaptés aux besoins et sont de très bonne qualité.

Toutefois, les niveaux de vie ont augmenté et les modes de vie ont changé : les femmes sont plus nombreuses à travailler et les personnes vivent plus longtemps, ce qui oblige à faire garder les enfants et à trouver des structures pour s'occuper des personnes âgées, tout en conservant du temps avec eux. Désormais, les services à domicile ne concernent plus uniquement les personnes fragilisées, mais l'ensemble des Français, qui ont besoin d'aides sur leur lieu de vie. Nous cherchons donc à réorganiser les services à la personne, ce qui a des conséquences sur les dispositifs existants. De nouveaux services se mettent en place, afin de satisfaire les nouveaux besoins. Ils permettent également de créer des emplois en France, alors que certaines innovations, notamment dans le textile, créent des emplois essentiellement dans des pays en voie de développement.

Les services à la personne sont, de notre point de vue, un moyen de favoriser la croissance durable en France, d'autant plus que ces services ne sont pas polluants. En outre, ils créent du bien-être pour les personnes. Le sujet est particulièrement important et concerne l'ensemble de la population et non uniquement la population en situation de fragilité.

Autrefois, les lieux de production étaient essentiellement des usines et des lieux de distribution. Aujourd'hui, le lieu de vie reprend une place dans l'économie. Il s'agit aussi bien du lieu de travail, que du lieu de transport ou de l'hôtellerie. L'objectif est que les services agrémentent notre vie à l'endroit où nous sommes, sans que nous ayons à nous rendre dans un lieu spécifique. Nos besoins élémentaires seront ainsi satisfaits en restant sur notre lieu de vie. Autrefois, il était normal de se rendre dans un lieu précis pour trouver un service. Aujourd'hui, le mode de vie a changé et, pour conserver une certaine qualité de vie, les femmes qui travaillent, par exemple, ont besoin d'être aidées dans leur vie quotidienne si elles veulent pouvoir consacrer du temps à leurs enfants, à leurs parents et à leurs grands-parents.

En outre, les services à la personne ne sont pas ce qu'on appelle des « petits boulots » : ce ne sont pas des travaux à temps partiel dont la productivité est absente. Nous estimons aujourd'hui que la productivité est liée à la vitesse et considérons donc que les services ne peuvent pas être productifs, en particulier quand il s'agit d'intervenir auprès de personnes fragilisées. Or en réalité, la productivité ne correspond plus à l'augmentation de la vitesse, pour les services comme pour les biens : elle n'est pas liée à l'accélération des cadences des machines, mais à l'amélioration de la qualité. Nous payons aujourd'hui plus chers des biens et des services qui nous offrent un bien-être plus important. Dans ce contexte, des gains de productivité peuvent être réalisés dans le domaine des services à la personne. La crainte d'un service qui ne soit pas créateur de bien-être et de richesse disparaît.

Ces éléments me paraissent essentiels. Les services représentent 80 % du PIB français à l'heure actuelle et sont créateurs de richesses. Il serait d'ailleurs particulièrement dangereux que ces services ne créent pas de richesses supplémentaires au fil du temps. Il convient, pour que ce soit le cas, de mettre en place une organisation qui favorise l'amélioration de la qualité et par là même l'accroissement des prix des services et des salaires des personnes qui les offrent.

Le plan de développement des services à la personne s'intègre dans un projet de création de services offrant un plus grand bien-être à tous. Il se met en place en respectant les dispositifs existants pour les personnes fragilisées. Il n'est pas question de supprimer ou de remplacer certains systèmes, mais de créer des liens avec les nouveaux services.

Comment séparer les services aux personnes fragilisées, qui sont concernés par la loi de 2002, et les services pour les personnes valides ? Les personnes devraient-elles changer de prestataires quand elles atteignent l'âge de 70 ans ? Doit-on considérer qu'une personne âgée qui fait promener son chien se voit offrir un service en raison de son âge ou recourt à un service consistant à promener les chiens ? Les services devront donc tous être articulés entre eux. Il est essentiel que les dispositifs existants pour les personnes fragilisées restent en place et que les services soient étendus à l'ensemble de la population, tout en améliorant encore la qualité. Le défi à relever est particulièrement stimulant !

2. Le planning du plan de développement des services à la personne

Le plan de développement des services à la personne connaîtra certainement des évolutions au cours des prochaines années, car nous n'avons pas encore trouvé le schéma idéal. Ce dernier se construira d'ailleurs au fil du temps.

Les acteurs du secteur des services à la personne, qu'ils dépendent des services publics, du secteur associatif ou de l'artisanat, seront encore plus nombreux demain. Il nous paraît ainsi légitime que des entreprises se créent, mais nous préférons organiser le marché dès à présent.

L'ensemble des acteurs ont été réunis dans le cadre de la préparation du plan de développement des services à la personne et tous ont montré leur volonté de travailler ensemble, tout en reconnaissant les difficultés à venir. Le changement devrait en effet être important, mais il est enthousiasmant, c'est pourquoi les acteurs ont accepté de signer une convention les engageant à travailler ensemble.

Le plan de développement des services à la personne a été signé au mois de février dernier et la loi sera votée au mois de juin. Les décrets d'application devraient être rédigés pendant l'été, afin que la loi s'applique dès le 1er janvier 2006. Actuellement, le calendrier est respecté, bien que le rythme imprimé soit relativement soutenu.

3. Le contenu du plan de développement des services à la personne

Nous avons cherché, lors de la rédaction du plan, à ne pas modifier les modes de fonctionnement actuels, notamment en termes de qualité et de contrôle. De même, la solvabilisation et les circuits de financement existants ne sont pas modifiés par le plan, car ils sont efficaces. Nous avons néanmoins cherché à intégrer de nouveaux services, en créant des liens entre les différents dispositifs.

Sans doute est-il temps de se demander de quels services nous parlons. Le plan concerne l'ensemble des services aux consommateurs. Nous prenons en compte les dispositifs existants, qui font l'objet de contrôles satisfaisants, ce qui nous pousse à parler de services à la personne. Ces derniers correspondent aux services pouvant faire l'objet, d'après les lois en vigueur, d'une défiscalisation. Il ne s'agit donc pas de l'ensemble des services aux consommateurs, mais la liste n'a pas encore été établie clairement. Elle le sera prochainement, dans le cadre d'un règlement. Il convient de veiller à ne pas créer de distorsion sociale pour les acteurs existants des services à la personne en inscrivant sur cette liste des services défiscalisés.

Prenons l'exemple du jardinage. La profession de jardinier dépend de la MSA. Nous cherchons parallèlement à défiscaliser les services d'entretien des jardins, sans pour autant participer à l'entretien de toutes les propriétés. Il convient donc de réfléchir aux moyens à mettre en œuvre. Il en va de même pour les coiffeurs : les personnes bien portantes souhaiteront sans doute à l'avenir se faire coiffer parfois dans un salon et parfois chez elles. Les coiffeurs devront donc s'interroger sur la coiffure à domicile. Mais nous ne pourrons pas offrir d'avantages fiscaux de façon systématique pour cette prestation. La défiscalisation ne concernera donc que les personnes fragilisées dont la mobilité est réduite.

Nous souhaitons que les Français utilisent plus les services à domicile, quelle que soit leur situation, mais nous cherchons parallèlement à maintenir les dispositifs existants pour les personnes fragilisées, ce qui ne facilite pas notre tâche. Nous avons besoin de travailler avec vous pour construire un dispositif intéressant pour les personnes que vous prenez en charge et pour l'ensemble de la population.

Le plan de développement des services à la personne s'organise autour de quelques thèmes.

- Le premier concerne l'agrément et fait aujourd'hui l'objet d'un texte écrit. Il reste possible de maintenir le mode de fonctionnement actuel, qui est certes relativement complexe, mais qui ne pouvait être supprimé, certaines personnes s'y opposant. Un agrément est par ailleurs nécessaire pour bénéficier du régime fiscal spécifique qui sera défini pour une liste de services précis. Parallèlement, l'agrément reste obligatoire pour les services destinés aux personnes fragilisées. Ainsi, la loi de 2002 n'est pas remise en cause. Une liste plus large est établie, afin d'inciter des personnes valides à recourir à des services à domicile. Nous mettons en place un agrément facultatif dans ce cadre, afin de faciliter le choix du prestataire. Il me semble que les organismes s'occupant des personnes fragilisées sont ainsi relativement protégées et je profiterai de cette journée pour connaître votre point de vue.

- Le deuxième thème concerne les avantages fiscaux, qui sont importants. Notre but est que des personnes qui n'en ont pas l'habitude jusqu'à présent recourent à des services à la personne. Aujourd'hui, les mères de familles estiment qu'elles doivent faire dans leur maison des tâches qu'elles pourraient en réalité confier à d'autres. Nous sommes contraints de proposer des tarifs attractifs pour que les mentalités et les modes de vie évoluent vers un renforcement des services à la personne. Nous mettons donc en place un dispositif qui vise à supprimer les cotisations patronales de sécurité sociale pour les prestataires de services ayant reçu l'agrément de l'Etat et à alléger les charges patronales de cotisations sociales de 15 points au profit des particuliers employeurs. Le particulier employeur dispose alors des mêmes avantages que le prestataire externe, car il voit sa charge d'impôts diminuer. Certes, les services restent relativement coûteux, mais ils incitent les particuliers employeurs à déclarer le montant réel des charges et non un forfait d'un niveau inférieur. De nombreux particuliers employeurs ne pourraient d'ailleurs pas payer l'ensemble des charges sociales sans cet allègement de 15 points, qui peut paraître faible, mais qui est en réalité important. Je vous rappelle à ce propos que les particuliers employeurs font travailler un million de personnes. Par ailleurs, nous avons prévu une exonération de cotisation sociale pour les chèques emplois-services universels, dans la limite de 1 830 euros par an et par salarié et un crédit d'impôt de 25% pour les entreprises sur la base de l'abondement. Nous maintenons en outre les mesures relatives au taux de TVA, etc., l'objectif global étant d'abaisser encore le coût des services.

- Le troisième thème concerne le chèque emploi-service universel. Les particuliers qui seront les employeurs directs de leur femme de ménage par exemple devront payer les charges de sécurité sociale. En revanche, les particuliers qui recourront à un prestataire ne payeront pas directement ces charges. Les particuliers rempliront donc ou non le volet social du chèque en fonction de leur situation. En outre, certains services seront cofinancés par des employeurs ou des mutuelles, alors que d'autres ne le seront pas. A l'heure actuelle, la situation reste complexe, mais nous oeuvrons pour qu'elle devienne plus simple. D'ailleurs, globalement, le thème des services à la personne est compliqué à traiter et il n'existe pas de solution idéale pour tous. Toutefois, le chèque emploi-service universel est un outil plus simple que le dispositif actuel, mais il conviendra d'expliquer son usage à tous les citoyens. Nous devrons notamment insister sur l'avantage fiscal, afin que ce chèque soit largement utilisé.

- Le quatrième thème concerne les enseignes, thème qui a été abordé par Monsieur BARDIN concernant la MAIF. Nous cherchons à organiser le marché et à assurer une coordination entre ces différents acteurs, mais nous en sommes aux balbutiements. Déjà la MAIF, la MACIF et le Groupe Caisse d'Epargne travaillent ensemble à un dispositif nouveau, car ils souhaitent étendre les services qu'ils proposent actuellement. Des entreprises entreront par ailleurs prochainement sur un marché qui était jusqu'à présent essentiellement constitué d'associations et les mutuelles se demanderont si elles recourent ou non à leurs services, sachant qu'actuellement, en cas de sinistre automobile, elles font déjà intervenir un garagiste privé. Le consommateur devra comprendre qu'il a le choix entre passer par la mairie pour utiliser le dispositif intéressant que propose la Mairie de Lyon, passer par sa mutuelle ou passer par un prestataire privé. Nous devrons faire en sorte qu'il s'y retrouve et que l'accès aux services soit simple. Des plates-formes se constitueront dans ce domaine, pour écouter les personnes et identifier les services dont elles ont besoin. De telles plates-formes ont d'ailleurs déjà été mises en place par la MAIF. Les personnes qui écoutent proposent plusieurs prestataires et traitent avec ces derniers quand le choix est fait. Il s'agit d'un nouveau métier qui doit être organisé : il convient en effet de limiter le nombre de plates-formes pour limiter les coûts, qui sont évalués à 2 millions d'euros pour une ville comme Paris.

Pour conclure, j'espère que vous avez saisi l'importance du développement des services à la personne. Votre activité est essentielle et continuera à l'être, mais elle s'inscrira à l'avenir dans un contexte plus large. Toutefois, elle n'est pas remise en cause, car il est nécessaire que les services rendus continuent à l'être.

 

[exposés]

L'accès de tous à tout et la loi du 11 février 2005 :
vers une désinstitutionalisation du service rendu ?
Didier BEOUTIS
Conseiller au Cabinet de Madame MONTCHAMP, Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées

Le CREAI Rhône-Alpes réalise un travail de grande qualité et le montre en organisant cette journée d'étude qui contribue à faire du CREAI un outil technique au service des responsables de l'élaboration et de la mise en œuvre des politiques en faveur des personnes handicapées ou inadaptées à l'échelon régional.

Vous avez choisi de réunir aujourd'hui le monde des services à la personne et le secteur social et médico-social, qui, comme l'a dit en ouverture Monsieur VOLKMAR, se connaissent mal. Nous pouvons espérer qu'ils se rapprocheront au cours de la journée, car ils sont complémentaires et non opposés.

Le terme de désinstitutionalisation est un néologisme, mais il correspond à une problématique réelle. Il ne s'agit toutefois pas de se demander si désinstitutionalisation il y aura, mais de s'interroger sur le meilleur service qui peut être rendu aux personnes handicapées. Or le développement des aides à la personne devrait justement aller dans le sens d'un meilleur service.

Mon propos s'organisera autour de trois points :
- la loi du 11 février 2005 qui place la personne handicapée au centre du dispositif, ce qui, en la laissant libre de son choix de vie, peut favoriser le développement des services à la personne ;
- le plan de développement des services à la personne, qui vient de nous être présenté de façon maîtrisée par Madame DEBONNEUIL ;
- le plan des métiers, qui permettra de mettre en œuvre la loi du 11 février 2005.

1. La loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées

La loi du 11 février 2005 propose un nouveau paradigme en faveur des personnes handicapées : il s'agit en effet de baser les actions sur leurs projets de vie. L'article 2 est essentiel, car il donne une définition de la personne handicapée en fonction de trois notions. En premier lieu, elle tient compte de l'environnement : constitue un handicap toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement.

En deuxième lieu, elle se réfère à la permanence du handicap, qui est une altération substantielle, durable et définitive. En troisième lieu, elle énumère les causes du handicap : les fonctions physiques, sensorielles, les fonctions mentales, cognitives ou psychiques, les polyhandicaps et les troubles de santé invalidants. Le législateur a élargi la notion, afin de tenir compte de toutes les formes de handicap.

D'après la loi, la personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap, quelles que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. Cette compensation consiste à répondre à ses besoins en aide humaine, en faisant appel à des aidants familiaux, en réalisant des aménagements du logement ou du véhicule de la personne considérée, en acquérant ou en entretenant les biens liés au handicap et en attribuant des aides animalières. La compensation est réalisée par des équipes pluridisciplinaires, coordonnées par les maisons départementales des personnes handicapées et en lien avec les projets de vie de ces dernières. Une personne handicapée peut choisir de vivre à domicile, de vivre en institution, ou de réaliser des séjours alternés, ce qui permet à l'entourage de bénéficier d'un certain répit. La prestation de compensation est définie de manière individuelle, en fonction de ce choix de vie. En cas de maintien à domicile choisi par la personne handicapée ou par ses parents, il convient d'offrir les services correspondants.

Afin de mettre en œuvre la loi, l'Etat a décidé de créer et de financer 40 000 places en institution, en service et en CAT au cours de la période 2003-2007. L'accent est mis sur la création de services à domicile pour répondre aux demandes des handicapés. Par ailleurs, l'Etat a présenté le 7 février dernier le plan de développement des services à la personne.

2. Le plan de développement des services à la personne

Monsieur BORLOO a indiqué, lorsqu'il a présenté ce plan, que le gouvernement avait la volonté de donner un essor au secteur des services à la personne, essor qui est actuellement freiné par la multiplicité des acteurs, par le manque d'attractivité des métiers et par l'abondance et le cloisonnement des réglementations.

Le plan vise à faciliter le recours aux services et est particulièrement ambitieux. Il comprend trois programmes cadres sur les thèmes suivants :
- accélérer le développement de grandes enseignes multiservices ;
- réorganiser la connaissance des services de l'Etat en créant une agence nationale des services à la personne, qui me paraît utile dans le contexte du droit français ;
- adapter et simplifier les réglementations, afin de faciliter le développement d'une offre de qualité.

Concernant ce dernier point, il s'agit de réduire le coût d'accès aux services, d'alléger les charges sociales et de mettre en place un chèque emploi service universel, qui se substituera au chèque et au titre emploi service existants. Les personnes concernées bénéficieront d'une amélioration de leur rémunération.

Le plan se traduira dans une loi qui sera présentée à l'Assemblée nationale le mois prochain et devrait être votée avant l'été. Parallèlement, seront créées les maisons départementales pour les personnes handicapées.

Les nouvelles dispositions législatives sont les bienvenues pour le secteur médico-social et pour le secteur se consacrant aux personnes handicapées, car il devra faire face dans les prochaines années à un déficit démographique. En effet, les personnes de la génération du baby boom partiront en retraite dans les années à venir.

Les dispositifs nouveaux traduisent de façon concrète la loi sur l'égalité des droits et des chances pour les personnes handicapées, mais ils ne suffisent pas : il convient en effet d'adapter l'offre à la demande de ces personnes, ce qui passe par des actions d'adaptation des emplois et des métiers. Il est également nécessaire d'offrir dans ce secteur des perspectives de carrière attractive et accessibles au plus grand nombre.

3. Le plan des métiers

Les métiers du handicap seront diversifiés et en partie désinstitutionnalisés. Parallèlement, ils seront davantage valorisés, dans le cadre du plan des métiers, prévu dans la loi du 11 février 2004. Il s'agit de favoriser la complémentarité entre les interventions médicales, sociales et scolaires au bénéfice des enfants ou des adultes handicapés. Le plan permettra la reconnaissance des métiers émergents dans ce domaine et contiendra des éléments de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Il s'assurera du lien entre les formations initiales et continues proposées dans le secteur d'activité des services à la personne.

Le premier objectif du plan des métiers en cours d'élaboration consiste à réaliser une cartographie des métiers du secteur de la dépendance et du handicap. Le deuxième concerne le dispositif d'agrément et de contractualisation des dispositifs de formation. Le troisième consiste à réorganiser le dispositif existant de formation initiale et continue et le dispositif de qualification des salariés qui travaillent dans le secteur. Enfin, le cinquième objectif concerne les conditions de travail dans le secteur de la dépendance et du handicap, sachant que le nombre de personnes concernées augmentera à l'avenir, du fait de l'allongement de la durée de la vie. Actuellement, 5 millions de personnes présentent un handicap. Or à l'horizon 2020, la France comptera 4 millions de personnes de plus de 80 ans.

La loi du 11 février, le plan de développement des services à la personnes présentés par Monsieur BORLOO et le plan des métiers sont complémentaires. Ils devraient bénéficier aux personnes handicapées, aux demandeurs d'emplois en proposant des services adaptés aux demandes.

 

[exposés]

Quelle cohérence entre les lois récentes
et les services qui en résultent ?

Patrick GOHET
Délégué interministériel aux personnes handicapées

Je tiens en préambule à remercier la Caisse d'Epargne de nous accueillir et le CREAI Rhône-Alpes de l'initiative qu'il a prise en organisant cette journée.

1. La loi

Notre pays est fétichiste concernant les textes. Les valeurs étant de moins en moins prégnantes dans notre société, la loi devient la source de la morale. Le garant de l'ordre est l'éducateur et le recours aux extrêmes devient la posture sécurisante face aux difficultés de la vie.

Comment les choses devraient-elles fonctionner dans une démocratie sociale équilibrée ? La loi n'est la traduction juridique d'une doctrine que dans les Etats totalitaires et n'est la traduction d'une morale immanente que dans les Etats théocratiques. Dans une démocratie sociale, la loi est un compromis entre des intérêts divers et le bien commun. Nous retrouvons bien cette définition dans la loi du 11 février 2005.

La loi est un cadre qui comporte des principes d'action et des outils de réalisation. J'en évoquerai aujourd'hui cinq, toutes relatives aux services à la personne, après avoir présenté trois préalables, un constat, cinq principes d'évolution.

2. Les préalables

Les dispositifs qui viennent de nous être présentés sont construits en fonction des nouvelles aspirations des personnes handicapées, des réalités et de la réponse que l'on cherche à leur apporter.

- Les nouvelles aspirations des personnes handicapées

En 1975, les personnes handicapées ont rencontré la Ministre en charge de ce dossier, Simone Veil, pour leur présenter les difficultés qu'elles rencontraient. En 2005, les personnes handicapées rencontrent les responsables départementaux, les responsables de la Sécurité sociale, les membres du gouvernement et les responsables des institutions européennes. Elles leur demandent de les considérer comme une personne avant de prendre en compte leur handicap. Il s'agit d'une aspiration profonde de reconnaissance de leur valeur par les personnes handicapées. Ces dernières demandent ensuite qu'une réponse adaptée à leurs situations individuelles leur soit apportée. Enfin, elles demandent que la politique d'aide prenne fin et que l'approche personnalisée et la valeur citoyenne des personnes handicapées soient prises en compte dans une politique de droit.

- La réalité

En premier lieu, certains de nos concitoyens handicapés sont en mesure de prendre eux-mêmes les décisions qui les concernent, mais ils rencontrent des obstacles physiologiques pour les réaliser. Ils souffrent d'un handicap de la réalisation de leurs choix. En deuxième lieu, d'autres concitoyens rencontrent des difficultés pour choisir eux-mêmes de façon opportune. Ils souffrent d'un handicap de la décision. Les premiers souffrent d'un handicap moteur ou d'un handicap sensoriel, alors que les seconds souffrent d'un handicap mental ou d'un handicap psychique, tel qu'il apparaît dans la loi du 11 février 2005. Enfin, certaines personnes cumulent les deux handicaps : elles sont polyhandicapées et manquent d'autonomie.

Aujourd'hui, nous devons trouver une réponse adaptée pour ces trois réalités, ce qui passe par un accompagnement. A ce propos, de mon point de vue, la désinstitutionalisation est un faux problème. Il suffit pour les personnes handicapées comme pour toutes les personnes en situation de fragilité de proposer un éventail de réponses allant de l'institution à l'insertion dans le milieu ordinaire. Personnellement, la réponse m'importe moins que la situation individuelle et les besoins de chaque personne handicapée. D'ailleurs, l'Italie, qui avait élevé au rang de dogme la désinstitutionalisation revient en arrière, car des personnes handicapées ne trouvaient pas de solutions à leur situation.

Nous devons, de manière générale, offrir aux personnes en situation de handicap une réponse adaptée, durable et évolutive. Il convient donc de prendre en compte dans l'offre les services à la personne. Je ne parle pas de réponse pérenne, car je tiens compte de la réalité : il est souvent difficile de pérenniser une action. En outre, ce pourrait être contreproductif, car il convient de tenir compte de l'évolution des besoins des personnes.

3. Le constat

Les services à la personne sont un concept et une réalité institutionnelle que le secteur du handicap connaît bien dans le cadre social et médico-social. En effet, les établissements et les services que propose ce secteur sont bien des services à la personne, comme j'ai pu le constater au contact des salariés qui y travaillent. Parallèlement, la forme institutionnelle est bien connue, par le biais des services d'accompagnement à la vie sociale et des services d'éducation et de soins personnalisés à domicile. Certes, il s'agit de services spécifiques, mais l'approche institutionnelle est la même.

Le développement des services à la personne ne revient donc ni à structurer le secteur social et médico-social, ni à le déréguler. Il s'agit de le faire évoluer de manière très positive, et sans rupture.

La presse nationale laisse toujours penser que les structures oeuvrant en faveur des personnes handicapées sont peu nombreuses et qu'elles ne font pas un travail convenable, ce qui est faux. Nous disposons d'un système intéressant, qui évolue grâce à la réflexion et aux actions des premiers intéressés, qui sont membres des nombreuses associations présentes dans le secteur du handicap et avec l'aide de l'Etat, des Départements et des communes.

Les citoyens contribuent également à ce système, en tant que contribuables et en tant qu'assurés sociaux. Donc, malgré ce qui peut être dit ou écrit, nous ne construisons pas un dispositif à partir de rien. Les services à la personne sont en outre un moyen d'enrichir les systèmes existants et nous ne devons pas passer à côté.

4. Vers une stratégie d'évolution des services aux personnes handicapées

Il me paraît nécessaire, en premier lieu, de prendre en compte les aspirations et les attentes des citoyens concernés par la politique du handicap.

En deuxième lieu, nous devons veiller à ne pas déstabiliser le secteur social et médico-social, mais le faire progresser. Il y a environ 20 ans, nous avons dû affirmer l'existence de ce secteur pour offrir des services adaptés aux personnes handicapées, qui vivaient alors en général chez leurs parents ou à l'hôpital. Ce secteur a été conforté au fil du temps et détient aujourd'hui un savoir-faire qu'il convient de conserver. Il est également caractérisé par une culture spécifique, dont les acteurs sont porteurs.

En troisième lieu, le secteur social et médico-social étant organisé et solide, il est temps de travailler à son rapprochement, et non à sa confusion, avec le secteur sanitaire, les citoyens handicapés ayant pour certains besoin d'une réponse adaptée d'un point de vue sanitaire comme d'un point de vue médico-social. C'est notamment le cas des personnes autistes, des personnes handicapées psychiques en général et des personnes polyhandicapées.

En quatrième lieu, il me paraît important de réfléchir conjointement à la question du handicap et à la question de l'allongement de la durée de la vie. Le législateur a d'ailleurs pris en compte cette réflexion. Pour autant, il ne faut pas confondre ces deux questions, car la réponse apportée ne peut être la même pour une personne âgée souffrant de la maladie d'Alzheimer et pour une personne jeune polyhandicapée, même si l'une et l'autre semblent être dans une situation similaire. L'ambition ne peut toutefois être identique, car les projets sont différents. Le rapprochement permet de mutualiser des moyens et évite les discriminations, mais il ne faut pas confondre la problématique du handicap et celle de l'avancée en âge.

En cinquième lieu, il convient de renforcer l'action médico-sociale en profitant du dispositif de services à la personne mis en place dans le cadre du plan de cohésion sociale. Nous ne devons pas avoir de crainte sur ce point, car le secteur médico-social

5. Les dispositifs législatifs

Le premier dispositif législatif a besoin d'être rénové : il s'agit de la loi de 1968 sur la protection des personnes et des biens. Il concerne bien les services à la personne et leur protection, mais il doit évoluer, afin de prendre en compte les personnes handicapées mentales ou psychiques. La protection juridique est en effet un élément de compensation du handicap.

Le deuxième dispositif est la loi de 1987 sur l'insertion professionnelle, qui s'inscrit dans le débat sur l'étape emploi. Il convient en effet d'assurer un suivi et un accompagnement de l'insertion professionnelle des personnes handicapées. Or actuellement, nous manquons de moyens dans ce domaine et nous nous interrogeons sur la vocation d'acteurs comme l'AGEFIPH.

La loi du 2 janvier 2002 prévoit, en troisième lieu, que les personnes handicapées réalisent le projet de vie qu'elles ont consenti, et non un projet qui aurait été octroyé par l'institution. Ce projet est en outre garanti par le Conseil à la vie sociale et par les contrats de séjour et autres chartes de qualité. De plus, le projet de vie se réalise dans le cadre ou au moyen d'une structure, qui peut notamment offrir des services à la personne.

La loi du 11 février 2005, quatrième dispositif législatif, permet de franchir un pas supplémentaire. Elle est originale dans son contenu et a fait l'objet d'une concertation réelle avec les acteurs concernés. Nous avons organisé 120 réunions interministérielles et la loi a été signée par 22 ministères. Elle fait en outre l'objet de 80 textes d'application. Cette loi n'est pas parfaite, comme toutes les lois d'ailleurs, mais je pense qu'on tiendra bientôt à son sujet le discours que l'on tient au sujet de la loi de 1975, car elle comporte des avancées conceptuelles. Concrètement, la loi du 11 février 2005 met en place les moyens de la participation effective à la vie de la cité et à la maîtrise de sa destinée de toute personne handicapée.

La loi de cohésion sociale est le cinquième dispositif législatif intéressant les personnes handicapées. Je le considère comme un renfort de la loi du 11 février 2005 et comme un moyen supplémentaire pour lutter contre le handicap comme facteur d'exclusion, notamment dans son volet de développement des services à la personne. Ce dernier souhaite l'introduction des acteurs marchands sur ce marché, alors qu'actuellement, 95 % des acteurs du secteur du handicap sont des associations. Certaines d'entre elles sont paracommerciales, mais elles restent rares. Nous devrions donc être confrontés à des difficultés culturelles quand les entreprises prendront place sur le marché. Le discours envers les associations devra être clair.

6. Conclusion

J'ai relevé les neuf mots-clefs suivants au cours des précédentes interventions : partenariat / accompagnement / choix / évaluation (bien que ce terme soit moins à la mode qu'après la loi du 2 janvier 2002) / qualité / productivité / écoute / désinstitutionalisation.

Concernant la productivité, il me semble que le secteur des services à la personne ne s'empare pas suffisamment de ce thème. Il ne s'agit en effet pas de faire des profits, mais d'employer le mieux possible les moyens disponibles.

Les services à la personne constituent une avancée pour notre société. Ils sont liés aux évolutions démographiques et culturelles et entrent dans notre stratégie en faveur des personnes handicapées. Notre but dans ce domaine est de permettre à ces dernières de devenir citoyens, sachant qu'aujourd'hui, la citoyenneté n'est ni décrétée, ni octroyée, mais édifiée en fonction de la communauté de destins des personnes. Elle est donc un thème de réflexion à part entière pour le secteur du handicap.

 

[exposés]

Débat

Intervention de la salle
J'aimerais pour commencer savoir ce que signifie l'acronyme CREAI. Je me réjouis que les intervenants soient de plus en plus nombreux dans le secteur des services à la personne. Il convient toutefois de veiller à permettre aux intéressés de trouver le service dont ils ont besoin. Je constate par ailleurs qu'aucun d'entre vous n'a parlé des moyens financiers nécessaires qui sont pourtant très importants. J'aimerais connaître les coûts nécessaires pour offrir les services adaptés aux personnes fragilisées qui seront de plus en plus nombreux. A ce sujet, pourriez-vous nous présenter des chiffres ?

Gérard TOUSSAINT
En 1964, le CREAI (Centre Régional pour l'Enfance et l'Adolescence Inadaptée) concernait l'enfance handicapée. Il s'agit aujourd'hui d'un lieu de rencontre et de réflexion entre les pouvoirs publics, les associations et les usagers du secteur social et médico-social. Par ailleurs, comme vous le disiez,les personnes veulent savoir à qui elles doivent s'adresser pour obtenir une réponse adaptée immédiate, mais nous savons que cette réponse ne peut être que complexe quand elle tient compte de la situation individuelle.

Didier BEOUTIS
Les personnes handicapées souhaitent que des prestations égales soient fournies sur l'ensemble du territoire français et que la proximité soit garantie. Le secteur du handicap ne peut donc ni être un secteur traité au niveau national, ni un secteur dont la gestion serait entièrement confiée aux collectivités territoriales. La loi du 11 février 2005 propose de ce fait de faire travailler ensemble différents acteurs au sein des maisons départementales des personnes handicapées. Les Départements ont vocation à s'occuper des personnes handicapées et l'Etat ne peut rester indifférent en tant qu'acteur social, c'est pourquoi ils travaillent en association au sein de ces maisons.
L'accessibilité est une question de vie quotidienne, qui mobilise aussi bien les pouvoirs publics que les entreprises et le secteur associatif. Le coût est certes élevé, c'est pourquoi la loi prévoit une période de dix ans pour l'accessibilité du foncier bâti et des transports aux personnes handicapées. Actuellement, il me semble que l'effort de tous est nécessaire pour améliorer la situation des personnes handicapés et rendre la société accessible.

Patrick GOHET
Il ne faut pas oublier que les sommes consacrées aux personnes handicapées sont déjà importantes à l'heure actuelle. Elargir le spectre de la compensation et le nombre de bénéficiaires nécessite une recomposition de l'existant. Des études d'impact sont réalisées dans ce domaine, mais nous manquons de statistiques sur le handicap en France. Il serait d'ailleurs difficile de créer un échantillon représentatif, les situations étant toutes individuelles. Les Conseils généraux sont bien conscients qu'il sera nécessaire de supporter des charges supplémentaires, charges qu'ils cherchent à évaluer actuellement. Une étude a été commandée par l'Assemblée des départements au Cabinet Ernst & Young, qui s'est basé sur des hypothèses discutables et qui aboutit à une multiplication par quatre du nombre de handicapés.
Vous ne pouvez pas dire que l'Etat se désengage alors qu'il vient tout juste de changer la loi. Il a décidé en outre de créer un nouvel acteur de protection sociale : la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, qui demande à toutes les associations de rester présentes dans le secteur et qui réunit l'Etat, les acteurs de l'action sociale, la Direction des collectivités locales et la Direction du budget. L'Etat s'engage donc de manière forte et ne se défausse pas sur les partenaires sociaux.
De plus, les besoins supplémentaires sont évalués pour l'année 2005, qui est marquée par la journée de solidarité envers les personnes âgées et les personnes handicapées. L'Etat prévoit donc d'abonder des moyens pour faire face aux besoins, qui sont évalués à vingt millions d'euros concernant la création des Maisons départementales des personnes handicapées au titre de la seule année 2005. J'ai fait partie des acteurs qui adressent leurs demandes à l'Etat et aujourd'hui je reçois ces dernières. Je suis donc garant de l'engagement de l'Etat qui ne se décharge pas de ses missions sur les collectivités locales.

Michèle DEBONNEUIL
Pour compléter votre propos, je dirais que l'Etat ne doit pas s'engager de façon systématique. Une partie de son engagement actuel et de l'engagement qu'il prend dans le cadre du développement des services à la personne doit d'ailleurs être provisoire et viser uniquement à favoriser les changements d'attitudes des citoyens. L'Etat accompagne une mutation de la société dans ce domaine, de manière temporaire, en particulier pour les demandes qui sont solvables. Par exemple, l'entretien des jardins ne sera solvabilisé par l'Etat que de manière transitoire.
Par ailleurs, votre question sur la complexité est intéressante. Il me semble que, pour ne pas déplaire aux uns ou aux autres, nous sommes obligés de conserver des dispositifs tout en en créant d'autres, et donc de compliquer le système. En outre, certains acteurs sont aptes à gérer la complexité. Par exemple, les banquiers peuvent gérer les chèques emplois-services universels, alors que ces derniers ne doivent pas être complexes à utiliser. Nous devons par ailleurs mettre en place des plates-formes d'écoutants qui identifient les besoins de services et orientent les personnes vers les prestataires.

Didier BEOUTIS
Il ne faudrait pas que vos propos soient à l'origine d'un quiproquo : le dispositif de services à la personne ne remplace pas le dispositif social et médico-social existant dans le secteur du handicap. Il s'y ajoute.

Michèle DEBONNEUIL
J'ai moi-même insisté sur ce point dans mon exposé : il s'agit d'articuler les dispositifs et de gérer les impacts du plan de développement des services à la personne sur le secteur du handicap.

Gérard TOUSSAINT
Le dispositif ne constitue pas en effet une alternative.
Le premier bilan, en termes économiques, des sites pour la vie autonome qui ont été créés en Meurthe et Moselle montre que nous avions sous-estimé les besoins. Toutefois, de nombreux financeurs répondent présents. Nous cherchons en outre à savoir si les questions que nous nous posons relèvent de la politique du handicap ou de la politique du logement par exemple, ce qui nous permet de faire intervenir de nouveaux partenaires comme les organismes HLM.

Une administratrice de l'ADAPEI de la Loire
Vous nous dites que l'Etat ne se désengage pas, pourtant j'ai moi-même été licenciée du Cap Emploi où je travaillais. Vous parlez, Monsieur GOHET, d'élargir le spectre de la compensation et du besoin de ne pas déstabiliser le secteur social, pourtant aujourd'hui des moyens et des compétences disparaissent avec la disparition des Cap Emploi. Quelle sera à l'avenir l'intervention auprès des travailleurs handicapés ?

Didier BEOUTIS
Madame MONTCHAMP a indiqué qu'elle était attachée à la mission des Cap Emploi. Un problème de financement se pose toutefois avec l'AGEFIPH qui a été amenée à réaliser des tâches ne relevant pas de ses missions initiales. Il convient donc de redéfinir ces dernières. En outre, il est prévu de maintenir les Cap Emploi, car ils offrent un service important.

Patrick GOHET
Je connais bien votre situation, pour vous avoir rencontrée, mais je me concentrerai aujourd'hui sur la situation globale des Cap Emplois. Certaines structures de ce type, comme la vôtre, sont liées aux équipes de suivi des reclassements. Elles sont les héritières des EPSR, n'assurent pas uniquement le placement des personnes handicapées, mais également l'accompagnement. Parallèlement, d'autres structures assurent uniquement le placement.
Une convention doit être signée aujourd'hui avec l'AGEFIPH sur ce thème et il est parallèlement prévu qu'une partie des actions soit prise en compte par le pôle cohésion sociale. A ce sujet, l'AGEFIPH a disposé pendant quelques années de moyens conséquents, ce qui a conduit l'Etat à élargir ses missions. Des conventions ont été signées avec les Cap Emploi, et l'AGEFIPH a rémunéré le suivi des placements qui ne faisait pas partie de ses missions. Aujourd'hui, nous nous orientons vers un recentrage de l'AGEFIPH sur les missions prévues initialement par la loi. Reste à savoir comment seront financées à l'avenir les activités de suivi des travailleurs handicapés après le placement. Il s'agit d'une fonction à intégrer dans la politique générale.
Pendant la période transitoire, les situations individuelles des personnes travaillant dans les Cap Emplois peuvent être difficiles.

Le Président d'une association de maintien à domicile multiservice
Notre association respecte les règles définies dans la convention collective et forme ses salariés, notamment par le biais de la validation des acquis. Une entreprise du secteur marchand, qui n'adhère pas à la convention collective, s'est installée récemment et indique qu'elle propose des tarifs moins élevés. Nous souhaitons maintenir notre qualité de services, mais craignons d'être tirés vers le bas.
Nous travaillons avec des demandeurs d'emplois qui sont souvent issus du secteur textile, sinistré dans notre région. Souvent, nous ne pouvons leur proposer que des emplois à temps partiels et nous rencontrons des difficultés pour assurer leur reconversion en lien avec les organismes de l'emploi que sont l'ANPE et les ASSEDIC. Il me semble que ces organismes devraient collaborer avec nos associations afin de permettre aux personnes d'entrer plus vite dans l'emploi.

Gérard TOUSSAINT
Vous posez là deux questions essentielles. Les Conseils régionaux lient d'ailleurs souvent le développement des services à la personne à l'insertion des personnes en difficulté. Ils cherchent à produire des services tout en traitant des situations sociales difficiles.

Le directeur d'un établissement médico-social et d'un service d'auxiliaires de vie
La dotation de l'Etat pour les services d'auxiliaires de vie est de 9 000 euros depuis plus de vingt ans. De même, l'allocation de ressources n'a pas augmenté, ce qui me semble être un signe de désengagement de l'Etat. Nous avons évoqué, avec la DDASS, le plan pour les personnes très lourdement handicapées. Ce dernier doit être mis en œuvre immédiatement, alors que d'autres plans le seront plus tardivement. Les allocations de ressources devraient augmenter dans le cadre de ce plan, mais elles ne concernent qu'un faible nombre d'établissements car les règles d'attribution sont de fait inapplicables. En outre, il aurait été souhaitable que les députés soient les premiers à travailler le lundi de Pentecôte.

Patrick GOHET
Nous vivons actuellement une phase de transition et cherchons à construire de nouveaux dispositifs. Vous ne pouvez donc pas nous demander de fournir des réponses à toutes les questions que vous vous posez et que les personnes handicapées vous posent. Les dispositifs comme les Maisons départementales des personnes handicapées se construisent pas à pas. Actuellement, nous réfléchissons au sein d'un groupe de travail dirigé par le rapporteur de la loi à l'Assemblée Nationale au contenu de ces maisons. De même, la Direction générale de l'action sociale travaille avec l'Assemblée générale des départements afin de définir le contrat juridique entre l'Etat et ces derniers. La Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie et la Délégation interministérielle ont par ailleurs constitué, pour chaque type de handicap, un groupe de travail qui établit les critères de performance des Maisons départementales.
Nous vivons actuellement une période d'interrogation et travaillons en concertation, notamment avec le Conseil national consultatif des personnes handicapées, afin d'apporter une réponse adaptée. Nous construisons également les outils d'évaluation des politiques de compensation avec les associations d'usagers et les Départements. D'un côté, les personnes qui s'occupent du handicap psychique demandent que les besoins d'accompagnement soient définis, et de l'autre, les personnes qui s'occupent du handicap physique demandent des projets en accompagnement des plans de compensation. Aujourd'hui, il n'y a pas d'accord entre les associations représentant différents handicaps. Nous cherchons pourtant à construire un système lisible.
Le 1er janvier prochain, les décrets d'application seront parus, mais le nouveau système ne sera pas en place car un accompagnement méthodologique et pédagogique sera nécessaire pour faire évoluer les structures existantes. Il devra venir des CREAI notamment et des Conseils généraux. Nous avons en effet pour devoir de répondre aux inquiétudes que vous exprimez actuellement les uns et les autres.

 

 

[sommaire]

Table ronde 1
Les acteurs du développement des services à la personne :
l'essor des enseignes de référence
La solvabilité de la demande, la qualité de l'offre

Michel GATÉ
Pierre DEMORTIÈRE
Nathalie GRÉGOIRE
Maryvonne LYAZID

Débat

Discutant
Eric DEMOLIÈRE
Directeur, SOS Maintien à Domicile

Nous chercherons, au cours de cette table ronde, à mieux connaître les acteurs du service à la personne. Nous réfléchirons à la notion d'enseignes de référence et nous nous interrogerons sur la solvabilité de la demande, sachant que, du point de vue réglementaire et organisationnel, toutes les décisions ne sont pas encore prises. Nous réfléchirons également à la qualité, tant du point de vue des services à la personne, qui s'intéressent à la certification, que du point de vue du secteur médico-social, qui raisonne en terme d'accréditation et met en place des évaluations internes et externes.